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Le lancement de Challenge One, le premier satellite tunisien entièrement fabriqué localement a été une grande réussite pour le pays et pour les entreprises qui l’ont conçu Telnet Holding et l'agence spatiale russe Roscosmos.

Transporté par un lanceur russe Soyouz-2 depuis la base de Baïkonour (Kazakhstan) – avec trente-sept autres satellites étrangers –, il aura demandé trois ans de recherche à des jeunes ingénieurs locaux, encadrés par quelques experts tunisiens travaillant à l'étranger, pour un investissement d'environ 1 M€, financé par la Tunisie. La Tunisie est le premier pays du Maghreb et le sixième en Afrique à fabriquer son propre satellite, après notamment l’Afrique du Sud, l’Egypte ou le Ghana, selon le site spécialisé Space in Africa.

« Un rêve qui se réalise »

La fusée a décollé de Baïkonour, au Kazakhstan, suivie en direct depuis Tunis par le président Kaïs Saïed, qui a rejoint ingénieurs et journalistes au siège de TelNet« Notre richesse réelle est la jeunesse qui peut faire face aux obstacles », a déclaré M. Saïed, soulignant que la Tunisie, empêtrée dans une crise sociale et politique, ne manquait pas de ressources mais de « volonté nationale »« Nous sommes fiers de notre jeunesse » et des cerveaux tunisiens « de par le monde », a-t-il souligné.

Plusieurs milliers d’ingénieurs quittent chaque année la Tunisie pour travailler à l’étranger. L’équipe de Challenge One a notamment été appuyée par des ingénieurs tunisiens expatriés, dont l’un a participé à la récente mission de la NASA sur Mars. « C’est vraiment un rêve qui se réalise », expliquait Anis Youssef, responsable du projet chez TelNet, quelques jours avant le lancement.

Thermomètres ou capteurs de pollution connectés, puces de localisation ou senseurs d’humidité : ce satellite expérimental est destiné à récolter les données collectées par ces appareils pour y avoir accès en temps réel, même dans une zone terrestre sans couverture Internet. Il vise à répondre au besoin croissant de connexion satellitaire pour les objets, car moins de 20 % de la surface du globe est couverte par le réseau Internet terrestre.

« C’est un gros problème pour l’agriculture ou les véhicules connectés », explique Ahmed El Fadhel, ingénieur aérospatial basé en Belgique et président de l’Association tunisienne de l’espace Tunsa. Si l’aérospatiale est en plein développement dans le monde arabe et en Afrique, où onze pays africains sur 55 ont déjà lancé des satellites, « le club de ceux qui en fabriquent est assez fermé », souligne M. El Fadhel.

Avancée technologique

Challenge One doit disposer d’une capacité de transmission de 250 kb/s sur 550 km, selon TelNet. C’est l’un des premiers à utiliser dans l’espace un protocole de transmission de données déjà utilisé sur Terre, LoRa, ce qui permet de connecter via satellite des objets existants en ne changeant que l’antenne. TelNet souhaite lancer d’ici trois ans, en partenariat avec d’autres pays africains, une constellation de plus de 20 satellites afin d’exploiter commercialement cette technologie. « Cela ouvre la voie à l’ouverture d’un service innovant pour la région dans un domaine en pleine expansion », indique à l’AFP Mohamed Frikha, PDG de TelNet.

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