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Face à la fraude documentaire et au vol d'identité, aux menaces du terrorisme ou de la cybercriminalité, et à l'évolution logique des réglementations internationales, de nouvelles solutions technologiques sont progressivement mises en œuvre. Les nouvelles technologies numériques ont permis aux pays africains de surmonter des outils obsolètes et de progresser vers des innovations modernes. 

Parmi elles, la biométrie s'est rapidement distinguée comme la plus pertinente pour identifier et authentifier les personnes de manière fiable et rapide, en fonction de caractéristiques biologiques uniques. En mesurant les caractéristiques physiques uniques des personnes, généralement par la reconnaissance des empreintes digitales, du visage ou de l'iris, les solutions biométriques peuvent facilement authentifier l'identité.

Selon le rapport « Biometrics - Global Market Trajectory & Analytics 2020 » publié par le cabinet de recherche américain Global Industry Analysts, le marché de la biométrie en Afrique et au Moyen-Orient devrait croître à un taux annuel de 21 %, et l'industrie mondiale de la biométrie devrait atteindre 82 milliards de dollars US d'ici 2027.

Une protection solide de la vie privée et de la sécurité des données est un double défi qui doit être relevé, non seulement pour son adoption généralisée en Afrique, mais plutôt pour exploiter la biométrie pour le plus grand bénéfice social.

En ce qui concerne les gouvernements, leur penchant vers l’adoption de l'identification biométrique est bien compris. Au Zimbabwe, par exemple, après que la Commission de la fonction publique ait introduit un système biométrique et réalisé un audit en 2020, en collaboration avec la Banque mondiale, elle a trouvé 3 000 « travailleurs fantômes » et les a retirés de la liste de paie, ce qui a permis au pays d'économiser de l'argent.

D'autres pays envisagent de déployer la technologie biométrique au-delà du secteur public. Par exemple, au Kenya, la société Mission Excellence Global Service Ltd, qui fournit des solutions commerciales dans le domaine de la santé et de l'éducation en utilisant la technologie, s'est associée à la start-up indienne Invento Robotics pour déployer des « Robodocs ». Ces machines créent une connexion à distance avec les médecins et peuvent prendre  la température et le pouls d'un patient, en utilisant la reconnaissance faciale pour établir un unique dossier patient.

« La biométrie, lorsqu'elle est intégrée dans de solides programmes de prestation de services, peut aider les agences gouvernementales et les entreprises à vérifier leur impact », explique Christine Kim, responsable des partenariats stratégiques chez Simprints, une société technologique à but non lucratif basée au Royaume-Uni qui construit des systèmes biométriques pour les organisations et les gouvernements des pays en développement.

« En permettant d'obtenir des données de meilleure qualité, en réduisant les doublons et les pertes de dossiers de patients, et en fournissant un comptage fiable du nombre et du type de personnes ayant accédé aux services (par rapport à celles qui sont passées entre les mailles du filet), la biométrie peut être exploitée pour garantir que chaque personne est atteinte et que les interventions ont un impact maximal », ajoute Kim.

Les usages civils actuels de la biométrie

Ce sont principalement des applications mises en place par les autorités nationales, car la capture et la gestion des empreintes digitales de la population reposent souvent sur un cadre juridique et technique étroitement réglementé.

L'application la plus déployée à ce jour est le passeport électronique, notamment avec la seconde génération qui stocke deux empreintes digitales en plus de la photo d'identité. La biométrie permet ainsi de lier, de manière irréfutable, le document à son porteur.

L'autre avantage de cette solution est de permettre d'accélérer le passage aux frontières par le biais de portiques, et dont le principe est la reconnaissance par comparaison du visage et/ou des empreintes.

Il existe d'autres applications, notamment les cartes nationales d'identité, comme c'est le cas dans de nombreux pays en Europe et au Moyen-Orient ou encore en Afrique pour les cartes d'identité ou les programmes d'assurance maladie, comme au Gabon. Les empreintes servent à identifier l'identité du porteur de la carte avant de lui donner accès à des services gouvernementaux ou de le soigner.

Par ailleurs, de nombreux pays ont mis en place des infrastructures biométriques pour contrôler les flux migratoires sur leurs territoires. Des scanneurs d'empreintes et des caméras installés aux postes frontières capturent un certain nombre d'informations qui permettent d'identifier de manière plus précise et fiable l'ensemble des voyageurs accédant au territoire national.

Dans certains pays le même principe est appliqué dans les consulats dans le cadre d'application ou de renouvellement de visas. La capture des données nécessite de disposer d'un matériel fiable, qui assure une capture optimale de la photo et des empreintes digitales, gage d'une précision lors de la comparaison et de la vérification.

Le plan de travail dans d’autres pays africains

Au Sierra Leone, le président du parlement a convoqué le directeur général de la National Civil Registration Authority pour expliciter son avis selon lequel les citoyens devraient s’inscrire pour posséder une carte d’identité biométrique afin de voter.

Au Kenya, les enseignants doivent subir une nouvelle capture biométrique à des fins de dénombrement pour éliminer les fonctionnaires fantômes et vérifier leur qualification, avec un test pilote qui se déroulera du 11 au 15 mai avant un test national.

Au Nigéria, Access Bank Nigéria a lancé la biométrie faciale pour les paiements commerciaux.

En Afrique du Sud, la Standard Bank a ajouté la reconnaissance faciale à son application mobile.

Divers défis pour une adoption plus large

Le potentiel de la biométrie pour prévenir la fraude, améliorer la sécurité des données et fournir une identification aux citoyens est évident. Cependant, il existe plusieurs obstacles à une adoption plus large des technologies biométriques sur le continent.

« Un certain nombre de lois sur l'enregistrement biométrique sont trop compliquées et ne sont pas adaptées au monde moderne. Dans certains cas, les gens doivent produire des documents physiques plutôt que des versions électroniques », explique Dr Joseph Atick, président exécutif d’ID4Africa, une ONG américaine qui travaille avec les pays africains pour établir des écosystèmes d'identité.

ID4Africa gère un programme d'ambassadeurs de haut niveau qui prône l'identité pour tous en Afrique comme moteur du développement socio-économique.

Selon Atick, d'autres facteurs dissuasifs à l'enregistrement biométrique incluent l'obligation de fournir des informations personnelles supplémentaires en plus de celles du déclarant principal, comme le nom légal des parents et des grands-parents, ainsi que les personnes qui doivent s'absenter du travail pour s'enregistrer, généralement  un lieu éloigné.

Les défenseurs de la protection des données s'inquiètent également du niveau de protection des données personnelles sensibles dans certains des écosystèmes biométriques. Seuls 24 pays africains ont adopté des lois et des règlements pour protéger les données personnelles.

« Une protection solide de la vie privée et de la sécurité des données est un double défi qui doit être relevé, non seulement pour l'adoption généralisée de la biométrie en Afrique, mais plutôt pour exploiter la biométrie pour le plus grand bénéfice social », ajoute Christine Kim.

L'innovation COVID-19

Les entreprises et les gouvernements africains ont fait de grands progrès ces dernières années dans la mise en œuvre de systèmes biométriques. Avec près de 50 nations africaines ayant délivré des passeports électroniques, ces dernières années il y a eu une nette volonté de répandre l'utilisation de l'identification biométrique dans toute l'Afrique. En 2020, le gouvernement tanzanien a également rendu obligatoire l'enregistrement biométrique de toutes les cartes SIM dans le pays, ce qui a permis à la grande majorité des citoyens de disposer d'une identification biométrique.

Cependant, l'apparition de la COVID-19 a rapidement changé la manière dont les gouvernements gèrent leurs services publics, y compris ceux dont leurs solutions biométriques sont administrées.

Les campagnes d'enregistrement visant à accroître l'adoption des solutions biométriques par le grand public ont été suspendues, car l'enregistrement physique n'est pas viable actuellement.

Alors que certaines biométries physiques ont été adaptées pour des raisons de sécurité et que des solutions sans contact ont été introduites, Dr Atick estime que la volonté politique de généraliser l'utilisation de ces outils s'est renforcée à mesure que l'importance de l'identité numérique commence à se faire sentir. Par exemple, au Togo, le gouvernement a dû procéder à des transferts d'argent liquide pour aider les citoyens du secteur informel qui avaient été touchés par la COVID-19, mais la majorité d'entre eux ne figuraient pas dans une base de données complète.

« Le Togo a utilisé son registre électoral, qui est biométrique, pour fournir des avances en espèces. Les citoyens utilisaient simplement leur téléphone pour enregistrer une demande et le gouvernement validait votre identité, puis vous donnait une allocation mensuelle pendant les périodes de blocage », explique Dr Atick.

À l'avenir, les innovations dans le secteur et le paysage post-COVID pourraient motiver davantage de personnes à participer à l'utilisation des outils d'identité biométriques, et même voir les utilisateurs être en mesure d'effectuer le processus d'embarquement à distance.

Dans certains environnements commerciaux, l'attrait de la biométrie sans contact a explosé depuis la COVID-19. Par exemple, la société Safeguard Security, basée au Zimbabwe, vend maintenant des systèmes biométriques qui utilisent la reconnaissance faciale, au lieu de la simple identification par empreintes digitales, pour réduire la transmission de virus.

Les risques techniques de la biométrie 

Dans ce cas, nous parlons de « faux rejets » ou de « fausses acceptations ». Le « faux rejet » ou la « fausse acceptation » sont des symptômes qui concernent toutes les techniques utilisées en biométrie.

Les risques d'erreur sont liés à des facteurs très différents. Thales Group donne l’exemple suivant : « Prenons la personne et ses caractéristiques biométriques. Nous avons constaté que des techniques biométriques étaient plus ou moins adaptées à certaines catégories de personnes. Ces difficultés sont liées à des facteurs ergonomiques qui ne sont pas encore totalement maîtrisés.

Un certain système peut fonctionner pour les femmes, moins pour les hommes, pour les personnes jeunes et pas pour les plus âgées, pour les peaux claires, moins pour les peaux foncées.

Certaines autres difficultés se posent plus particulièrement avec la reconnaissance faciale, lorsque la personne se teint ou se coupe les cheveux, modifie la ligne de ses sourcils ou se laisse pousser une barbe. On peut également s'imaginer des cas de « fausse acceptation » lorsque la photo prise modifie les traits de caractère distinctifs de manière à correspondre à une autre photo enregistrée. »

Des erreurs sont aussi possibles selon les technologies utilisées.

Une photo de vérification prise avec un modèle d'appareil photo de mauvaise qualité peut sensiblement augmenter le risque d'erreur. La précision de l'identification repose entièrement sur la fiabilité du matériel utilisé pour la capture des données.

Parlant de fiabilité, selon Thales Group, la biométrie souffre du fait que les algorithmes de vérification (« matching ») ne sont pas comparables aux mécanismes de condensats (« hash ») de mots de passe. Pour cela, les tokens et les cartes à micro-processeur sont de plus en plus considérés comme les compagnons idéaux d'un système biométrique.

De nombreuses cartes d'identité nationales (Portugal, Afrique du Sud, Équateur, Mongolie, Algérie…) incorporent des fonctionnalités de sécurité numérique, qui s'appuient sur un algorithme « Match-on-Card » de vérification des empreintes digitales.

Contrairement aux processus biométriques conventionnels, cet algorithme permet une vérification locale des empreintes digitales grâce au microprocesseur intégré à la carte sans obligation de se connecter à une base de données biométriques centrale (vérification 1 :1).

Les identifiants biométriques de référence sont protégés, car ils sont stockés de façon sécurisée dans la carte et ne quittent jamais leur fichier, l'application hébergée dans le microprocesseur va effectuer le calcul nécessaire et transmettra la réponse, positive ou négative.

Ainsi, il est possible de procéder à l'authentification en toute sécurité même en l'absence de connexion au serveur.

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